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la fuite des auteurs continue chez Fayard

L’hécatombe se poursuit chez Fayard, depuis la nomination d’Isabelle Saporta à la tête de cette maison d’édition, filiale d’Hachette qui passe sous le contrôle de Vivendi, le groupe du milliardaire Vincent Bolloré. Dans une lettre que Le Monde a pu consulter, les philosophes Alain Badiou et Barbara Cassin lui ont écrit, mercredi 22 juin : « Nous avons été étonnés de votre attitude lors des récents événements concernant les Editions Fayard, et il nous semble difficile de poursuivre comme si rien n’était. C’est pourquoi nous vous informons que nous arrêtons notre collection “Ouvertures”, à l’exception des trois manuscrits en cours d’autres auteurs que nous. »

Isabelle Saporta a en effet repris à son compte de graves accusations de Nicolas Sarkozy, administrateur d’Hachette Livre et ami d’Arnaud Lagardère, contre Sophie de Closets, sa prédécesseure, partie en mars. Dans un essai très musclé, De quoi Sarkozy est-il le nom ? (Lignes, 2007), Alain Badiou, partisan de la gauche radicale, avait déjà dit tout le mal qu’il pensait de l’ancien président de la République. Son départ de Fayard semble d’autant plus logique que l’influence de Nicolas Sarkozy sur les destinées d’Hachette grandit de jour en jour.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Après la romancière Virginie Grimaldi, les nouveaux départs s’enchaînent chez Fayard

Pour Barbara Cassin, autrice, entre autres, de l’autobiographie philosophique Le Bonheur, sa dent douce à la mort (Fayard, 2020), c’en est trop également. Les deux auteurs souhaitent racheter les droits de leurs propres ouvrages en cours au sein de la maison d’édition. Mercredi 22 juin, Isabelle Saporta assurait n’avoir « encore reçu aucune communication en ce sens », puisqu’il lui semblait « que tous les courriers arrivent d’abord et avant tout au Monde »…

Fronde anti-Bolloré

Ces deux départs s’ajoutent à la longue liste d’auteurs qui ont décidé de suivre Sophie de Closets ou simplement de partir, entre Jacques Attali (qui a publié plus de 80 ouvrages chez Fayard), Victor Castanet, qui vient de signer l’un des grands succès de librairie avec son enquête édifiante sur les Ehpad Orpea, Les Fossoyeurs (Fayard, 400 pages, 22,90 euros), mais aussi la romancière la plus lue de l’Hexagone, Virginie Grimaldi, ou encore les journalistes du Monde Gérard Davet et Fabrice Lhomme.

Pour valider la mégafusion entre Hachette et Editis, la Commission européenne doit donner son feu vert

La fronde anti-Bolloré s’intensifie depuis que l’offre publique d’achat (OPA) de Vivendi (propriétaire d’Editis, numéro deux de l’édition en France) sur Lagardère a franchi un nouveau cap, puisque Vivendi détient 57,3 % du capital de la maison mère d’Hachette depuis le 14 juin. Pour valider cette mégafusion dans l’édition, la Commission européenne doit donner son feu vert. Elle devrait imposer des « remèdes », un mot médical utilisé comme synonyme de cession de nombreuses maisons d’édition ou filiales de distribution qui se feront concurrence.

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