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L’humour ukrainien en temps de guerre mis à l’honneur par « Charlie Hebdo »

Dessin d’Olexi Kastovskyi publié dans « Holos Oukraïni », le journal du Parlement ukrainien, et repris par « Charlie Hebdo ».

Des soldats russes trépanés, qui regardent avidement Vladimir Poutine filer des barbes à papa en forme de cerveaux destinés à remplir leur boîte crânienne. Des enfants réunis au bac à sable, circonspects devant des soldats russes sur le point de lâcher un obus du haut d’un toboggan. La plupart des dessins publiés sur deux doubles pages par Charlie Hebdo, ce mercredi 25 mai, se passent de commentaires. Pas de phylactères, ou si peu, dans cette vingtaine d’œuvres signées d’artistes ukrainiens que le journal satirique (25 000 ventes en kiosque hebdomadaires, environ 37 000 abonnés) a choisi de mettre en avant dans un numéro spécial. « Un dessin sans parole, tout le monde peut le comprendre, justifie Riss, le directeur de publication. Le message étant purement visuel, il est plus “universalisable” . Or les dessinateurs ukrainiens ont envie de s’adresser au monde. » En situation de guerre, « les comportements excessifs deviennent caricaturaux, et offrent un boulevard aux dessins satiriques », analyse-t-il.

« La seule cible, c’est l’agresseur »

Antonio Fischetti est allé les chercher sur place, lors d’un reportage qui a semblé démarrer sur un échec. « Au départ, j’avais entendu parler d’humoristes qui faisaient du stand-up et des sketchs sur Internet, raconte le journaliste scientifique. Mais l’un de mes interlocuteurs avait vu un dessin de Riss inspiré du bombardement de la maternité de Marioupol [on y voit une rangée de femmes, jambes en l’air, des obus russes dans le vagin]. Il le trouvait scandaleux, pas humoristique, voire méprisant – alors qu’il visait à dénoncer l’inaction des Occidentaux. Il a passé le message à tous ses potes à Kiev, et il a fallu que je trouve autre chose. »

Dessin de Pavel Shulyak (exposition « Navire russe, va te faire foutre » à Odessa, en Ukraine), repris par « Charlie Hebdo ».

Outre Kusto, dessinateur pour le journal du Parlement ukrainien, c’est à Odessa qu’Antonio Fischetti a trouvé les auteurs et les œuvres qu’il cherchait ; rassemblées à l’occasion d’une exposition lancée à l’initiative d’un club de caricaturistes, celles-ci seront vendues au profit de l’armée ukrainienne et de la défense territoriale de la ville portuaire. « J’ai rencontré une culture populaire de résistance, importante pour le moral, reprend le journaliste. Avant la guerre, l’humour traditionnel était plutôt bienveillant. Aujourd’hui, il est devenu plus féroce, plus trash. La seule cible, c’est l’agresseur. » Les souffrances de la guerre, des pertes humaines quotidiennes et des destructions en cours empêchent tout humour noir vis-à-vis de Volodymyr Zelensky et des Ukrainiens eux-mêmes, constate-t-il.

Lire aussi La carte de la guerre en Ukraine, jour après jour

Pour Riss, la publication de ces vignettes dans le journal qui, le 7 janvier 2015, s’est vu ravir 12 vies et ravager 11 dans une attaque terroriste islamiste, allait évidemment de soi. « Quand on est confronté à l’arbitraire, le dessin est un moyen de protéger son territoire de liberté. »

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