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« Micros de nuit », le temps des audacieuses nocturnes hertziennes

Livre. Pendant près de soixante-dix ans, elle aura informé les routiers, diverti les travailleurs de la nuit, consolé les âmes solitaires, suscité des confidences, mais aussi tissé des liens d’entraide. Dans son plissé soyeux, sensuel, érotique, guidé par le tempo jazzy ou pop de l’époque, la radio nocturne a accompagné les mutations de la société. Mieux, elle a permis d’ouvrir les yeux sur la nuit et ses représentations.

L’imaginaire des nuits hertziennes reste toujours prégnant même si elles sont retombées dans l’obscurité des marges. Et ce n’est pas le moindre des mérites du formidable ouvrage de l’historienne et productrice à France Culture Marine Beccarelli que de le raviver. Complétant Les Nuits du bout des ondes (INA, 2014), cet essai, tiré de sa thèse de doctorat, retrace l’histoire de la radio de nuit, de ses prémices, en 1945, à la disparition, en 2012, des dernières émissions en direct, sur France Inter. Ce faisant, il met en lumière les liens unissant la radio et la nuit et la manière dont l’une l’autre se sont influencées.

Œuvre utile

Si l’autrice souligne que l’idée d’une diffusion nocturne germe dès les années 1930, il faut attendre l’après-guerre pour que les programmes tardifs s’affranchissent des douze coups de minuit. « Tandis que la télévision s’installe dans les foyers, note-t-elle, la radio devient mobile, accessible, directe. » Et, surtout, utile. Pour preuve, la création en 1955, sur Paris Inter (future France Inter) de « Route de nuit », qui introduit les notions de service et d’interactivité entre les automobilistes. Avant d’élargir son public au-delà des seuls routiers, lorsque en 1957 la station commence à émettre 24 heures sur 24. Si les concurrentes de la radio publique sont plus rétives à s’enfoncer dans les ténèbres, elles n’en renouvellent pas moins leurs programmes tardifs composés de jazz, d’émissions de création, de littérature et de voyage.

« Avec la fin des “trente glorieuses”, les Français, désormais, veulent parler et entendre parler d’eux, de leurs problèmes, de leurs préoccupations nouvelles », Marine Beccarelli

Plus sensible aux bouleversements sociétaux de son époque (Mai 68, mouvements de jeunes, de libération des femmes…), par « son caractère presque alternatif », la radio nocturne change de visage lors de la décennie 1965-1975. Les nuits s’allongent, se féminisent – voire s’érotisent avec de nouvelle voix telles Madeleine Constant (Inter), Viviane Blassel (Europe 1) Sophie Garel (RTL) ou Kriss (FIP) ; se rajeunissent aussi avec l’apparition de DJ à l’antenne, et la création de programmes qui diffusent la culture pop. A l’instar de « Campus » de Michel Lancelot, du mythique « Pop Club » de José Artur ou de « Barbier de nuit » sur Europe 1.

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